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John Muir Trail, Sierra High Route, High Sierra Trail 540km

(done)
Voyage en solitaire à partir de Yosemite Village sur le John Muir Trail, puis une portion du sierra High Trail de Tuolumne meadows jusqu'à read meadows, reprise sur le John Muir jusqu'au Mont Whitney et enfin le High Sierra Trail à partir de Cottonwood Lake.
tekking/hiking
When : 9/10/18
Length : 23 days
Guidebook created by Monneal on 10 Dec 2018
updated on 06 Mar 2019
Eco travel
Possible with train bus
Details : Bart San Francisco - Richmond Train richmond - Merced Bus Merced - Yosemite Village
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Global view

Report : Section 9 (updated : 08 Mar 2019)

Whitney Portal – CottonWood Lake … transition
 
 
Lone Pine est la ville du western. En arrivant je reconnais le style cowboy de l’endroit, un paysage aride avec de gros ilots granitiques rouges, une grande rue centrale , rectiligne, bordée de maisons basses bien alignées avec quelques routes qui s’échappent discrètement de part et d’autre, le soleil qui tape les degrés comme les clous sur le bois. Les seuls duels qui s’y déroulent désormais impliquent les gros trucks et les suv mais l’ambiance est belle et bien là !
De nombreux films ont fait du tourisme dans le coin   « Iron Man » de Jon Favreau, « Django Unchained » de Quentin Tarantino, « Transformers 2 : La Revanche » de Michael Bay ou encore « The Lone Ranger » avec Johnny Depp.
Le prochain s’appellera “A la poursuite de Francois Dhaene ou la quête impossible du moucheron qui voulait se coller sur le pare-brise arrière ”.
Les big trucks ont remplacé les chevaux, le quatre voies  la route en terre de jadis,  Alain Monne John Wayne mais il reste toujours des effluves de cette époque passée.
Est ce que la taille des voitures est proportionnelle à l’ego, à l’envie de puissance, au désir d’écraser les moustiques sur le pare-choc avant ou est ce au contraire un aveu de faiblesse ?
Ma psychanalyste préférée se fera un plaisir de décortiquer tout cela et je verrai avec elle à quoi je peux rattacher mon désir effréné de vélo et surtout la croissance régulière de la taille de mes ustensiles.
« Parles moi de ton dérailleur ? »
« Penses tu que des roues aux pouces généreux contribuent à une meilleure réinsertion dans le flux de la pensée dominante ?»
Au moins quand je descends de mon cheval métallique en levant la jambe d’une manière plus élégante qu’un lévrier stoppé en pleine course par une bombe prostatique, je n’ai pas l’impression de ressembler à une puce sautant d’un chameau ce qui est le cas souvent des conducteurs ou des conductrices de ces grosses voitures...
Il faudra que j’en parle à certains de mes copains qui en vieillissant en ont une de plus en plus grosse mais tellement moins pratique à manœuvrer !
Du coup, ils la sortent moins souvent. Elle est peu utilisée et certainement pas pour ce qu’elle avait été prévue à l’origine.
La question est « Pourquoi ? »
Quelle est la part de rêve et de fantasmes achetée avec le SUV ?
Ici, les grands espaces s’affichent en vrai devant la calandre, le pare buffle peut buffler un ours,  et les yeux  s’enrouler sur de gros blocs granitiques rouges au formes déroutantes.
Sont-ils couillons mes amis, collègues et néanmoins chasseurs d’acheter le Colorado pour rouler à l’étang de Niffond dans la Nièvre sur des sentiers gravillonnés par la mairie et terroriser cyclistes et promeneurs.
« Vous savez que c’est dangereux ce que vous faites ! Faut pas aller par là, il y a chasse ! ».
« Je suis un défenseur de la nature, cela m’oblige à réguler les parasites qui polluent nos chemins avec leur chaussures et leurs vélos sans rien payer ! Vous pouvez continuer par là, mais remettez votre sécurité dans vos sacs à dos ! ».
« Vous pourriez baisser votre fusil, s’il vous plait ? »
Et ensuite rire jaune quand il s’agit de  le gaver de benzine.  Car il est gourmand le bazar !
Je ne le pense pas –qu’ils soient couillons-  c’est une taquinerie aimable mais je n’ai toujours pas de réponse.
« Ma piscine se vide mais je nagerai jusqu’à plus d’eau » pourrait-on dire.
Pourquoi pas une Tva dégressive ou agressive selon le poids, le coût écologique de fabrication et la consommation des véhicules ?
« Et tu fais quoi des utilitaires ? »
"Euh"
« Déconne pas c’est mon outil de travail ! »
"Euh"
Bon ce n’est pas simple.
Mettre en place une vraie politique de transports collectifs ?  Interdire les publicités mensongères sur l’ambigüité entre ce qui est vendu, la voiture, les filles, les espaces infinis, le costume d’aventurier ! 
Il y a tant à dire !
Mes pensées s’interrompent.
En y entendant de plus près, je me rends compte qu’il n’y a pas de vélo et si peu de piétons. 
Sont-ils tous morts ?
Le bruit des voitures parait plus calme ici quand il n’y a pas d’oreilles à agresser.
La révolution verte n’est pas près de débouler dans le farwest, c’est bien trop sec.
Le Whitney portal hostel où mon sympathique american driver d’une putain de super grosse bagnole me dépose coûte 35 $ la nuit pour un dortoir avec 8 lits superposés.
Quand j’arrive, il n’y a personne dans la chambre. Je me précipite dans la salle de bain et je vais essayer de partager la baignoire.
Je n’ai pas à chercher bien loin.
Elles sont  toutes excitées à attendre que je les appelle.
A mon signal, elles se jettent dans l’eau et je les suis avec envie et bave aux lèvres.
Elles sont enfin libres et décomplexées.
La poussière les étouffait.
Mes affaires et moi surnageons gaiement en nous libérant de la crasse accumulée.
Nous jouons à « Qui flotte frotte ».
Je reconnais une paire de chaussettes d’un sale que beaucoup envieraient, mon pantalon, mes tee-shirts, enfin tout. Nous avons tellement cohabité ces derniers jours que nous partageons le bain et la saleté sans pudeur.
L’eau en noircit de plaisir.
Bien décidé à ne pas parcourir la ville en mode peau rouge après l’avoir frottée comme un dément, je remets les vêtements mouillés et pars sous la chaleur de l’après midi.
Inutile de dire que je sèche très vite.
Je dois acheter des lyophilisés, de la crème pour soigner mes crevasses, des rasoirs pour retrouver le monne que je connais, du frais à boire, une paire de chaussettes et enfin changer la date du nécessaire permis, initialement prévue le 1er octobre,  pour pouvoir continuer mon périple.
Le Lone Pine Markett fournit presque tout sauf curieusement les rasoirs qui ne seront disponibles qu’à la pharmacie.
Ces américains armés jusqu’aux dents ont certainement peur d’une agression au bic jetable dans le rayon des crousty chocos ce qui fait que les rasoirs n’ont pas leur place dans les rayons de ce supermarché.
Mais leur culture de la tuerie de masse a dû modifier leur schéma de pensée. Chez eux, les attentats sont quotidiens et l’état fournit lui-même les armes nécessaires à l’expression du mécontentement, de la crainte, de la haine ou de la peur des individus.
Une Barber Shop à l’ancienne réclame ma barbe.  Elle n’a pas le poil facile, elle ne connaît que moi et décline son offre.
Une petite bâtisse marquée « prescriptions » et «Drugstore »  me fournit les rasoirs et la crème Nivea.
Mes doigts rugissent de plaisir.
La partie commerçante de la ville n’est pas très conséquente.
Quelques restaurants,  fast food et un musée.
Le Lone Pine Food Market.
Un magasin de pêche lui fait face avec un gros poisson en panneau publicitaire. Il vend tous les lyophilisés dont j’ai rêvé. Ce sera du 3 étoiles pour la suite.
Un cordonnier exhibe un cheval dressé pour indiquer qu’il aime le cuir et le cheval.
Les devantures sont très imagées.
C’est sympathique.
La ville est pleine de charme finalement.
D’un point de vue organisationnel, je suis paré.
Reste les permis. Il faut aller les chercher à pied loin de la ville. Ils ont fait en sorte de poser le  Eastern sierra visitor center à quatre kilomètres …  pour inciter à prendre sa voiture ?
Parfait pour les randonneurs !
Je respecte cette régulation positive que m’impose cette attribution de permis. Elle évite une surabondance de randonneurs avec  tous les problèmes qu’elle engendre, surtout sur l’accès au mont Whitney qui est la destination numéro 1 à partir de Lone Pine pour les molles entrainés.
Le permis que j’avais commandé à partir de la France reprenait cette direction, un aller-retour qui m’obligerait à revenir sur mes pas et surtout attendre le 1er octobre.
Je verrai au Visitor Center les possibilités offertes mais partir d’un autre endroit plus au Sud devrait m’écarter des zones surbookées et m’éviter d’attendre 3 jours à Lone Pine.
Cela m’obligera à reprendre le Pacific Crest Trail beaucoup plus au sud avant de rattraper d’abord le JMT à Crabtree Meadow puis le HSR.
Mes jambes ont encore des chevaux et je ne me sens pas humilié d’aller à pied  au Widerness Center mais je devrai attendre le lendemain matin.
Je retrouve à l’hôtel l’irlandais qui mangeait des pâtes pas cuites et je confirme, il a survécu. Nous discutons ensemble pendant que je transvase le contenu de mes lyophilisés tout neufs dans des sacs ziplocks plastiques pour économiser de la place et les rentrer dans la bear box.
Arrivent les autres occupants de la chambre.
Deux Russes, certainement des espions.
Et un gars discret, silencieux, grand maigre, le visage sec, les lunettes de prof, le bermuda en jean. Il cherche son lit, scrute les numéros, le trouve, pose ses affaires sans un mot.
Il s’installe, prend un livre, tourne en rond …
Il fait très attention de ne rien dire mais au bout d’un moment, je n’y tiens plus.
Le look parle pour lui.
« Tu es français ? »
« Oui, toi aussi ?», comme s’il ne l’entendait pas depuis le temps qu’il est rentré. Je parle assez mal anglais pour qu’on me repère très vite dans une chambre de 30 mètres carrés.
« Oui ! Ça ne s’entend pas ? »
C’est  étonnant et ce n’est pas la première fois que je remarque ce comportement très atypique
« Les français ne parlent pas aux français »
La glace a fondu et il est intarissable.
Le lendemain, une fois réglées les autorisations nécessaires, je dois repartir en direction de Cottonwood Lake, plus au sud.
Il est midi.
Le stop marche bien, surtout que j’ai un aspect presque juvénile désormais malgré les dégâts des 5 rasoirs jetables qui m’ont fait la peau et accessoirement les années empilées derrière moi.
Un truck me dépose devant le chemin d’accès à son ranch, sur une route où ma musique de tête accompagne les volutes de chaleur qui émanent du goudron.
Un panneau avec une vache me tient compagnie. J’espère que les Américains feront la différence. Je ne sens pas mauvais, c’est déjà ça.
Je suis  un acteur immobile dans un road movie.
Un autre véhicule avec à l'intérieur Greg et Scott, 2 parapentistes, me récupère et me monte jusqu’à CottonWood, bien au delà de leur destination prévue. Nous descendons quelques bières en vol libre avant de se séparer.
Le rituel recommence.
Je monte la tente.
Je gonfle le matelas.
J’aère le duvet.
Le soir arrivant, je me fais une promenade digestive et me pose au bord d'une grande prairie.
J'observe 2 coyotes. J’en avais croisé quelques uns, également de loin et entendu hurler une nuit, c'est très impressionnant.
Ils jouent tranquilles tout petits dans ma rétine.
Arrivent deux randonneurs en haut de la praire. Ils vont me casser mon observation.
Ils marchent  presque débonnaires et se donnent de petits coups d'épaules comme deux vieux compagnons.
Leur attitude est curieuse,
Leur démarche chaloupée.
Ils marchent droit dans ma direction et traversent rapidement la partie haute de mon regard.
La lumière diminue pendant que la soirée s'installe.
Plus je les regarde descendre et moins ils ressemblent  à des promeneurs. Je me dis « ce sont des vaches ».
Je me sens un peu seul.
Pour arriver au bord du champ, j'ai traversé une partie très boisée et je n'ai pas de position de repli, juste d'observation.
"Non, réfléchis, il n'y a pas de vaches ici, la seule que tu as vue était sur le panneau dans la vallée."
Ils s'approchent.
Je n'ai plus à réfléchir, très nettement le trait s'est affiné.
Ce sont deux ours à l'attitude nonchalante qui descendent vers le bas de la prairie.
J'essaie 2 photos mais il n'y a pas beaucoup de lumière et je m'agace tremblotant avec les réglages. Le résultat n'est pas bon aussi je préfère les regarder plutôt que de gâcher l'instant.
Je pose l'appareil.
La pendule s'arrête.
La nuit patiente.
Depuis le temps que je les attends, je savoure.
Ils déambulent dans la pénombre qui s'installe, assez loin pour que je ne craigne rien, assez prêt pour que j'éprouve l'inquiétude du promeneur solitaire.
C'est mon cadeau du jour.
 





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